Une touche de poésie dans ce monde de brutes

Publié par lalettrealulu le

L’étagère à Lulu

Deux ou trois petits bouquins à la couverture sable se sont installés avant l’hiver sur l’étagère à Lulu. Des petits objets plutôt bien faits, que chacun a tripoté négligemment un jour ou l’autre, avant de découvrir – gasp ! – qu’il s’agissait de recueils de poésie et de les reposer religieusement sur leur planche. La poésie, Franck Cottet, le fondateur des éditions du Chat qui tousse, le reconnaît volontiers, est un genre assez peu prisé, pour ne pas dire totalement négligé : 0,1% des ventes de livres en France.

Ça n’empêche pas quelques doux rêveurs et joyeux allumés, à l’image de cet éditeur amateur, de faire vivre le genre à travers des publications régulières depuis 1997. Le Chat qui tousse, maison basée à Cordemais, publie ainsi trois livres par an à compte d’éditeur. Des petits bouquins de 32 pages tirés à 200 exemplaires et diffusés à Nantes par Vent d’Ouest et le Forum du Livre. Des livres légers comme l’air où l’on trouve de petites perles comme celle-ci :


Matin d’été
la fenêtre ouverte
du voisin
braille des chansons niaises
qui salissent l’air
encore frais*

Le Chat qui tousse publie aussi des textes plus graves, comme les recueils du sociologue Augustin Barbara, Aurésie 1 et Aurésie 2, qui reprennent des textes écrits pendant la guerre d’Algérie. L’un des premiers poèmes de ce prof à la fac de Nantes raconte une scène hallucinante : le débarquement d’un navire rempli de barbelés. Ces dizaines de kilomètres de fil de fer allaient servir à construire la célèbre « ligne Morice », du nom du non moins célèbre bourgmestre de Nantes de l’époque, appelée à séparer l’Algérie de la Tunisie. Des barbelés qui continuent à écorcher la mémoire d’Augustin Barbara, grand admirateur de Camus, ravi de voir ses vieux poèmes ressuscités avec la complicité de la petite maison nantaise.

* « Chorus autour d’un puits », Franck Cottet et Roger Lahu, Le Chat qui tousse, La Gérarderie, 44360 Cordemais